La Bible du Coeur de Jésus

Edouard Glotin

Presses de la Renaissance


Notes et Annexes

Introduction

Annexes
Haurietis Aquas
Le Cœur de Jésus dans l'Ecriture Sainte
Benoît XVI : Lettre au R.P. Kolvenbach (50° anniv. d'HA)
Benoît XVI : Message de Carême 2007

Commentaires
des illustrations

Fig. 1 à 11
Fig. 12 à 19
Fig. 20 à 29
Fig. 30 à 39
Fig. 40 à 49
Fig. 50 à 59
Fig. 60 à 69
Fig. 70 à 83

Notes
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
• Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12

Liste des sigles
Notes du chapitre 9

2. @ Les textes-sources du catalogue populaire.
Il est possible de retrouver l'origine de ces douze Promesses dans les Lettres de la sainte de Paray.
Les phrases relatives au promesses sont soulignées ci-dessous.
(Textes de l’édition critique du Monastère de la Visitation d'Annecy)

Lettre XXXV à la Mère de Saumaise, 24 août 1685 : Promesses 4, 9, 2, 9, 6.
« Je vous avoue, ma toute chère Mère, que l'état de souffrance où je me vois comme accablée et anéantie me rend méconnaissable à moi-même et impuissante à tout bien. Toute la liberté qui me reste, c'est de parler du sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ duquel cette indigne créature vous dira un petit mot, touchant quelques grâces particulières qu'elle croit en avoir reçues. Il lui a donc fait connaître derechef le grand plaisir qu'il prend d'être honoré de ses créatures, et il lui semble qu'alors il lui promit « que tous ceux qui seraient dévoués à ce sacré Cœur ne périraient jamais, et que, comme il est la source de toutes bénédictions, il les répandrait avec abondance dans tous les lieux où serait posée l'image de cet aimable Cœur, pour y être aimé et honoré ; que, par ce moyen, il réunirait les familles divisées, et assisterait et protégerait celles qui seraient en quelque nécessité ; qu'il répandrait la suave onction de son ardente charité dans toutes les Communautés où serait honorée cette divine image ; qu'il en détournerait les coups de la juste colère de Dieu, en les remettant en sa grâce, lorsque par le péché elles en seraient déchues ; et qu'il donnerait une grâce spéciale de sanctification et de salut à la première personne qui lui ferait ce plaisir de faire faire cette sainte image ». »

Lettre XXXVI à la Mère Greyfié, 1685 : Promesses 4, 9, 2, 6.
« Si vous saviez combien je me sens pressée d'aimer le sacré Cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Il me semble que la vie ne m'est donnée du tout que pour cela, et cependant je fais tout le contraire. Il me fait de continuelles faveurs, et je ne le paie que d'ingratitude. Il m'a gratifiée d'une visite qui m'a été extrêmement favorable pour les bonnes impressions qu'elle a laissées dans mon cœur. Il m'a confirmé que le plaisir qu'il prend d'être aimé, connu et honoré des créatures est si grand, que, si je ne me trompe, il m'a promis que tous ceux qui lui seront dévoués et consacrés ne périront jamais ; et que, comme il est la source de toutes bénédictions, il les répandra avec abondance dans tous les lieux où sera posée et honorée l'image de son divin Cœur ; qu'il réunira les familles divisées, et protégera et assistera celles qui seraient en quelque nécessité et qui s'adresseront à lui avec confiance ; qu'il répandra la suave onction de son ardente charité sur toutes les Communautés qui l'honoreront et se mettront sous sa spéciale protection ; qu'il en détournera tous les coups de la divine justice pour les remettre en grâce lorsqu'elles en seront déchues. Il m'a donné à connaître que son sacré Cœur est le Saint des saints, le saint d'amour ; qu'il voulait qu'il fût connu à présent pour être le médiateur entre Dieu et les hommes, car il est tout puissant pour faire leur paix, en détournant les châtiments que nos péchés ont attirés sur nous, nous obtenant miséricorde. »

Lettre XXXIX à la Mère Greyfié, janvier 1686 : Promesse 11.
« Mais je m'écarte sans y prendre garde de ce que je vous disais touchant la dévotion du Sacré Coeur, et le dessein de le faire honorer. Il me semble qu'il m'a fait voir que plusieurs noms y étaient écrits, à cause du désir qu'ils ont de le faire honorer, et que, pour cela, il ne permettra jamais qu'ils en soient effacés. Mais il ne me dit pas que ses amis n'auront rien à souffrir, car il veut qu'ils fassent consister leur plus grand bonheur à goûter ses amertumes. Voilà en passant un petit mot pour vous exprimer les bontés et volontés de notre souverain Maître. »

Lettre LXXXVI à la Mère de Saumaise, mai 1688 : Promesse 12.
« Un jour de vendredi, pendant la sainte communion, il dit ces paroles à son indigne esclave, si elle ne se trompe : « Je te promets, dans l'excessive miséricorde de mon Coeur, que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront neuf premiers vendredis des mois, de suite, la grâce de la pénitence finale, ne mourant point dans ma disgrâce et sans recevoir leurs sacrements, mon divin Coeur (1) se rendant leur asile assuré au dernier moment. » Il a, de plus, promis à son indigne esclave, pour qu'elle s'applique uniquement à l'aimer, qu'il priera lui-même son Père pour les personnes qui se recommanderont à ses prières. Comment vous pourrais-je raconter, ma chère Mère, les miséricordes de cet aimable Coeur ? »
1. Ces trois mots n'existent dans aucun de nos Manuscrits. Ils sont ordinairement ajoutés au texte, pour plus grande compréhension, mais ils n'en font pas partie intégrante.

Lettre au Père Croiset, 10 août 1689 : Promesses 4, 8, 9, 1, 2, 6, 10, 7.
« Mais il fait connaître ce désir être si excessif, qu'il promet que tous ceux qui se consacreront et dévoueront à lui, pour lui donner ce plaisir que de lui rendre et procurer tout l'amour, l'honneur et la gloire qui sera à leur pouvoir, suivant les moyens qu'il leur en donnera, qu'il ne les laissera jamais périr, et qu'il leur serait un asile assuré contre toutes les embûches de leurs ennemis, mais surtout à l'heure de la mort que ce divin Cœur les recevrait amoureusement, mettant leur salut en assurance, prenant soin de les sanctifier et de les rendre grands devant son Père éternel, autant que l'on prendrait de peine d'agrandir le règne de son amour dans les cœurs. Et que, comme il est la source de toutes bénédictions, il les répandrait abondamment dans tous les lieux où serait honorée l'image de ce sacré Cœur, parce que son amour le presse de départir le trésor inépuisable de ses grâces sanctifiantes et salutaires dans les âmes de bonne volonté, cherchant des cœurs vides pour les remplir de la suave onction de son ardente charité, pour les consommer et les transformer tout en lui. Il veut des esprits humbles et soumis, sans curiosité que d'accomplir son bon plaisir. De plus, qu'il réunirait les familles divisées - par ce moyen - et protégerait celles que seraient en quelque nécessité ; et qu'il répandrait cette suave onction de sa charité dans toutes les Communautés religieuses où il serait honoré, et lesquelles se mettraient sous sa particulière protection ; qu'il en tiendrait tous les cœurs unis, pour n'en faire qu'un même avec lui, et qu'il en détournerait les traits de la divine justice, en les remettant en grâce lorsqu'ils en seraient déchus.
[…]
… il est réservé aux Révérends Pères de la Compagnie de Jésus de faire connaître la valeur et l'utilité de ce précieux trésor, où plus l'on prend, plus il y a à prendre. Il ne tiendra donc qu'à eux de s'en enrichir avec abondance de toute sorte de biens et de grâces ; car c'est par cet efficace moyen qu'il leur présente, qu'ils pourront s'acquitter parfaitement, selon son désir, du saint ministère de charité auquel ils sont destinés. Car ce divin Cœur répandra tellement la suave onction de sa charité sur leurs paroles, qu'elles pénétreront comme un glaive à deux tranchants les cœurs les plus endurcis, pour les rendre susceptibles à l'amour de ce divin Coeur ; et les âmes les plus criminelles seront conduites par ce moyen à une salutaire pénitence. »

Lettre au Père Croiset, 3 novembre 1689 : Promesses 5, 9.
« Et il me fit voir que l'ardent désir qu'il avait d'être aimé des hommes et de les retirer de la voie de perdition, où Satan les précipite à foule, lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d'amour, de miséricorde, de grâce, de sanctification et de salut qu'il contenait, afin que tous ceux qui voudraient lui rendre et procurer tout l’honneur, l'amour et la gloire qui serait à leur pouvoir, il les enrichît avec abondance et profusion de ces divins trésors du Cœur de Dieu, qui en était la source, lequel il fallait honorer sous la figure de ce Cœur de chair, dont il voulait l'image être exposée et portée sur moi, et sur le cœur, pour y imprimer son amour et le remplir de tous les dons dont il était plein et pour y détruire tous les mouvements déréglés. Et que partout où cette sainte image serait exposée, pour y être honorée, il y répandrait ses grâces et bénédictions. »

Lettre CXLI « dite » à son Directeur (le P. Rolin ou le P. Croiset) : Promesse 10
« Mon divin Maître m'a fait connaître que ceux qui travaillent au salut des âmes travailleront avec succès et sauront l'art de toucher les cœurs les plus endurcis, s'ils ont une tendre dévotion à son sacré Cœur, et s'ils travaillent à l'inspirer et à l'établir partout. »

3. @ La grande promesse.
[*** Prochainement en ligne ***]

4. @ Le message à Louis XIV.
La meilleure étude à ce jour demeure celle de B. PEYROUS, « Les messages de Marguerite-Marie à Louis XIV », Colloque 1990, 269-290. Ce dix-septièmiste s’appuie sur les travaux inédits de son maître R. Darricau, ainsi que sur un dépouillement systématique de la correspondance de Madame de Maintenon. La thèse de l’auteur rejoint celle de G. GUITTON, « Le Père de la Chaize a-t-il transmis à Louis XIV le message de sainte Marguerite-Marie ? », RAM 34 (1958) 326-330. Elle est menée selon les critères universitaires qui interdisent de conclure tant que l’argumentation ne peut se prévaloir de preuves matérielles positives : l’absence d’allusion dans la correspondance de Mme de Maintenon semble à l’auteur un argument négatif décisif. Tout en prenant en compte nous aussi les recherches des historiens, notre genre littéraire nous rend plus libre de leurs conclusions. Il n’est pas déraisonnable de s’en tenir à la tradition tant que n’ont pas été produits des arguments positifs qui l’infirment.

5. @ Une quatrième source : L 97.
La quatrième source, L 97 – qui contient la fameuse promesse : « Si tu crois, tu verras la puissance de mon Cœur » – témoigne des préoccupations du milieu dévot depuis des semaines. Le message proprement dit aurait été précédé de dialogues intimes entre Jésus et la sainte : l’idée d’une réparation des politiques de l’époque était la version parodienne des prières des dévots. VO4 2, 429 ; VO5 2, 328.
Cette lettre 97 (ms 9) témoigne qu’un désir surnaturel préparait l’âme de la sainte à recevoir la communication du 17 juin et qu’elle soupçonnait que les choses ne se feraient ni simplement, ni rapidement (« avec le temps », VO4 2, 429 ; VO5 2, 328).

8. @ Défaites militaires de la France.
Défaite de d’HUMIERES à Valcourt (août 1689). La paix de Ryswick viendra clore la guerre apparemment sans vainqueur, ni vaincu, mais en réalité avec une perte considérable de puissance de la France, qui désormais doit partager son hégémonie avec l’Angleterre.

10. @ Authenticité littéraire de la promesse.
Les copies de la lettre L 100 sont de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe. Quatre d’entre elles contiennent le message. Le fait que le ms 6 (le meilleur, dû à une ancienne novice de la sainte) fait exception suggère ici une omission volontaire. Si le ms était destiné à être communiqué au dehors, se serait-on risqué à rendre public des textes qui mettaient en cause la personne sacrée du roi ? Deux autres assez longs passages ne figurent d’ailleurs pas dans ce ms 6 : l’un contenait une allusion au confesseur du monastère de Dijon et l’autre, propre au ms D2, concernait la Mère de Saumaise. Comme si la copiste avait délibérément supprimé toutes les allusions personnelles. C’est ici qu’une comparaison plus précise des manuscrits, au niveau de l’ensemble des lettres de la sainte, nous fait cruellement défaut : elle pourrait peut-être établir les principes généraux qui guidaient chacune des copistes.

11. @ La « Gran Promessa » de Valladolid.
J.-B. COUDERC, Le V.P. Bernard François de Hoyos, Paris-Leipzig, Casterman, 1907, 148-149. M. PEREZ, El poder de los débiles, Madrid, Edapor, 1991. En l’espace de quelques mois, du début mai au 17 octobre, le jeune religieux reçut une étonnante série de visions au cours desquelles, souvent par l’intercession de saints jumelés (Pierre et Paul, Ignace et Xavier, François de Sales et Marguerite-Marie, Marguerite-Marie et Thérèse d’Avila), il entre progressivement dans toute la profondeur du mystère du Cœur de Jésus, y compris ses dimensions trinitaire et mariale.

21. @ Sourires amusés de quelques chancelleries européennes.
DANIEL-ROPS, L’Eglise des temps classiques 1, Paris, Fayard, 1958, 130 : « Les ambassadeurs protestants peuvent pouffer et Hugo van Groot, celui de Suède, envoyer à son chancelier, Axel Oxenstiern, un rapport qui le désopile. » Mais le Roi Très Chrétien, qui n’hésitait pas à renouveler publiquement chaque année le geste de son père, se serait-il laissé arrêter par le simple souvenir de telles réactions ?

26. @ L’authenticité du vœu de Louis XVI.
Sous le titre de « Prière de Louis XVI », le texte de ce vœu royal circula en Vendée pendant la Terreur. Du fait qu’il ne connut une large diffusion qu’à la Restauration, on a cru pouvoir en suspecter l’authenticité (P. GIRAULT DE COURSAC, Louis XVI, roi martyr ?, Paris, Téqui, 1976 ; Montm, 179-181). Or, en juin 1792, un des martyrs de septembre faisait déjà savoir à l’une de ses correspondantes (Mère Eléonore Thérèse de Jésus, prieure de Valenciennes) que « le vendredi de la fête du Sacré-Cœur de Jésus » – soit le 15 de ce mois-là – « le Roy a fait le vœu par lequel il se met et tout son royaume sous la protection de ce Cœur adorable, avec l’engagement de lui élever un temple en son honneur et d’ériger une fête solennelle lorsqu’il sera en état de le faire », - termes qui correspondent effectivement à ce que les dévots parisiens du Sacré-Cœur pouvaient avoir retenu d’un bouche à oreille clandestin (Montm, p. 1058-59 cite ce témoignage et d’autres que Pierre de la Chapelle, membre de la Société historique et archéologique du Périgord, a recueillis en faveur de l’authenticité du vœu émis par le Roi en juin 1792). L’autographe du Bienheureux Pierre-Nicolas Psalmon*, p.s.s., est conservé au Carmel de Sclerder, en Cornouailles (Selon les carmélites, le mauvais état du document ne permet pas une photocopie. J’ai travaillé sur une copie manuscrite provenant des archives sulpiciennes de Paris).

28. @ La peste de Marseille vue par Pagnol.
L’épidémie de peste qui ravagea Marseille en 1720 laissa des traces dans la mémoire, jusque dans la littérature, par exemple chez Marcel PAGNOL, Le Temps des Amours. Souvenirs d’enfance, ch. 9 : « Les pestiférés ». Mis à part le groupe de Maître Pancrace qui doit son salut à son astuce toute provençale, la peste frappe par son aspect inexorable. C’est la mort qui avance, invisible, et s’abat sur une cité heureuse et riante, emmenant son cortège de misères : cadavres, convois funèbres, tocsin, dévouements et lâchetés humaines, et pour finir incendie des quartiers pestiférés. La peste, écrivait un médecin d’alors, « est une maladie cruelle que l’on ne guérit pas, qui se communique, et dont les vrais préservatifs sont la flamme et la fuite ». Ou encore, d’après les auteurs consultés par Maître Pancrace : « les seuls remèdes vraiment efficaces étaient la Prière de saint Roch et la bénédiction de saint François ».

29. @ Le vœu de Marseille.
Délibération de Messieurs les échevins, cité par J.-J. LANGUET, La vie de la V. Mère Marguerite-Marie, Paris, Mazières et Garnier, 1729, 387, avec une série de documents de l’évêché de Marseille, 385-401. - Après la disparition du monastère, le maire se rend aujourd’hui à la cathédrale. Chaque 8 septembre, une cérémonie analogue continue d’avoir lieu à Lyon à ND de Fourvière, également pour remercier Marie d’avoir délivré la ville d’une peste : le maire y offre un écu d’or symbolique - Toulon se consacra. Aix-en-Provence fit le vœu de la célébration perpétuelle de la Fête (1721).

35. @ Bibliographie sur Hofer.
Jean SÉVILLIA, Le chouan du Tyrol : Andreas Hofer contre Napoléon, Paris, Perrin, 1991.

38. @ L’exemple contagieux de Montmartre.
Vg. Bruxelles, Barcelone, etc ; en France Lyon, Bordeaux, Nantes, etc. A Rome, à côté des Thermes, l’achèvement d’une basilique, dont le pape avait en 1878 confié l’entreprise aux jésuites fut menée à son terme par Don Bosco. A Jérusalem, ambitionné pendant la guerre de 1914-1918, le projet d’un « sanctuaire de l’univers au Sacré-Cœur pour la paix » ne put être mené à terme : ce qui subsiste du dessein primitif sur le Mont des Oliviers est aujourd’hui connu comme l’Eglise du Pater. J. BENOIST- A. MONTABONE, Découvrir la Prière au Cœur de Jésus, Paris, Salvator, 2004, 62 et 69-70.

44. @ Non exempte de compromissions politiques.
D. MENOZZI, “Liturgia e politica : l’introduzione della festa di Cristo Re”, Cristianesimo nella storia, Saggi in honore di G. Alberigo, 607-656; ID., “Regalità sociale di Cristo e secolarizzazione. Alle origini della Quas Primas”, Cristianismo nella storia 16 (1995) 79-113; ID., “Devozione al SC e instaurazione del regno sociale di Cristo : la politicizzazione del culto nella Chiesa ottocentesca”, Santi, cutlti, simboli, Turin, Rosenberg et Sellier, 1995, 161-195 ; Id. Sacro Cuore. Un culto tra devozione interiore et restaurazione cristiana della società, Roma, Viella, 2001.

46. @ Un malencontreux article de Regnabit.
G. et M. de NOAILLAT, « Le Sacré-Cœur et la conversion d’Israël » (Regnabit, avril 1921) se référaient dans cet article à un célèbre faux antisémite connu sous le nom de Protocoles des Sages de Sion (1903), dont on apprenait bientôt qu’il était l’œuvre selon les uns d’un journaliste britannique, selon les autres des services secrets russes (Sur les Protocoles, mon dossier judaïsme).

49. @ Louis XIV, un roi guerrier ?
Au Dauphin sur son lit de mort (26.08.1715) : « Ne m’imitez pas dans le goût que j’ai eu pour la guerre » (cf. Ph. ERLANGER, Louis XIV, Paris, Fayard, 672). Il ne faut cependant pas oublier qu’à l’époque « la guerre reste perçue comme un état naturel », la paix comme « une courte trêve » au sein des rapports tumultueux entre les dynasties européennes. Selon Ragnhild Hatton, l’une des meilleurs connaisseurs du règne, « rien ne distingue fondamentalement le roi de France des autres chefs d’Etat héréditaires de l’époque ». Il fut même plus que d’autres attaché à la parole donnée et encouragea les médiations étrangères (J.-C. PETITFILS, Louis XIV, Paris, Perrin, 1995, 319-321).

50. @ Le « fils aîné de mon Sacré-Cœur ».
Le message démarque un titre de fonction. Un des premiers gestes de Jean Sobieski entrant à Vienne avait été d’inviter par dépêche Louis et ses sujets à se réjouir avec toute la chrétienté ; car « le Roi très chrétien en est le premier prince, comme Fils aîné de l’Eglise ». G. GUITTON, Le Père de La Chaize confesseur de Louis XIV, Paris, Beauchesne 1959, T. 1, 162. C’est seulement dans sa 2e version que Marguerite-Marie traite le roi de « fidèle ami » du divin Cœur : là encore, le glissement est net quand le message passe de la bouche du Seigneur dans celle d’une Marguerite-Marie, pleine de respect pour la « sacré personne » du monarque. L 107. VO4 2, 457 ; VO5 2, 355.

51. @ Consécration et naissance de Louis XIV.
L’allusion était propre à toucher le cœur du roi. Il savait que le « miracle » de sa naissance était dû à la campagne des dévots (Marguerite du Saint-Sacrement, figure de proue de la dévotion à la Sainte-Enfance à laquelle elle venait de se consacrer en 1636, prophétie de Jeanne de Matel) et particulièrement à l’influence du Frère Fiacre (visions en octobre et novembre 1637, dont il avait fait part à la reine) Cf. R. LAURENTIN, Le vœu de Louis XIII. Passé ou avenir de la France, Paris, Œil, 1988, 54 et sv. L’hiver de son mariage, profitant d’une tournée en Provence, le roi avait fait le pèlerinage de Cotignac (lié aux visions du Frère Fiacre) pour rendre grâces - Louis étant né trois semaines après la consécration de son père (5 septembre), l’opinion publique avait fait un lien entre les deux événements. – Le message laisse entendre qu’en dépit de sa conversion morale et des efforts de son confesseur et de sa femme, « l’état de grâce » du souverain n’était pas encore véritablement acquis.

54. @ Le message gênait la politique de Louis XIV.
Quand on saura que parmi ceux qui incitaient Louis XIV* à assumer un rôle fédérateur figurait, à côté du philosophe Leibniz*, le pape en personne, on comprendra dans quel embarras se trouvait à l’époque La Chaize*. Continuellement pressé par Innocent XI* d’intervenir auprès de son royal dirigé (1), le jésuite savait que celui-ci n’admettait pas l’ingérence de son confesseur dans les affaires du royaume. Supposons maintenant que, par : « ennemis de la Sainte Eglise », il faille entendre principalement ces redoutables turcs, qui inquiétaient le milieu dévot. La mort du Bienheureux Innocent*, le 12 août, venait d’entrouvrir la porte à une relation neuve entre Rome et Paris. Or voici en provenance d’une mystique dont La Colombière avait garanti l’authenticité (2), un message propre à tirer d’affaire le diplomatique jésuite dans ses délicates fonctions (3) : en ne faisant apparemment que suggérer au roi de mettre à l’abri son salut éternel par le moyen d’un acte de consécration, il ne pourrait être accusé de déborder son rôle ; mais, en même temps, il le préparait discrètement à accueillir de nouvelles instances romaines pour libérer la Hongrie (4), - qui ne le sera totalement qu’en 1699… sans l’aide de la France et même contre elle.
Car, peindre « le Cœur adorable » dans ses étendards, c’était au fond accepter de devenir le nouveau Constantin* pour prendre la tête d’une vaste opération de défense de la chrétienté dangereusement attaquée sur ses terres : groupée autour du roi de France, l’Europe se serait portée à la rencontre de l’Ottoman non avec l’insigne des « croisés » que celui-ci honnissait, mais sous l’emblème d’un Cœur, autour duquel se serait faite l’union sacrée des nations catholiques (France, Autriche, Espagne, Pologne). Délivrées peut-être pour toujours de la menace récurrente de l’Islam, celles-ci auraient, ce jour-là, apposé leur signature à l’acte symbolique de la naissance de « l’Europe du cœur ». En ce cas, quelle que fût la « superbe » des autres princes chrétiens (5), la Providence divine se serait chargée de l’ « abattre », - la France ayant été spontanément propulsée à la tête de l’opération. La fierté du Roi Très Chrétien l’empêcha-t-elle de croire à la promesse du Seigneur (6) ? En tout cas, afin de peser à revers sur l’Autriche, il maintint son alliance avec le Turc et persista à privilégier les intérêts du Royaume sur ceux de l’Eglise, qui étaient en l’occurrence ceux de l’Europe. On voit que, relue à la source, l’histoire de l’apposition du Sacré-Cœur sur le drapeau français disqualifiait d’avance les tentatives modernes de récupération nationaliste (7).
Cf. A. Y. HARAN, Le lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2000. Faute d’avoir pris la tête de l’opération de salut de l’Europe, Louis XIV aura laissé finalement à l’Empereur (bien que celui-ci y ait peu contribué personnellement) la gloire de la victoire, obtenant ainsi l’effet inverse de l’affaiblissement qu’il recherchait pour l’Autriche. V.-L. Tapié, « Europe et chrétienté. Idée chrétienne et gloire dynastique dans la politique européenne au moment du siège de Vienne (1683) », Gregorianum, 1961, 268-289.

55. @ Une occasion manquée ?
Il sera trop tard quand Louis XIV, l’année de sa mort, signera l’ordre de mission d’un ambassadeur à Rome chargé de proposer l’union des trois nations catholiques (France-Autriche-Espagne) « nécessaire au maintien de la paix en Europe » Cf. J.-C. PETITFILS, Louis XIV, Paris, Perrin, 1995, 668 : « La politique royale suivait un plan logique qui comblait d’aise les dévots. Face au nouveau danger du « parti protestant » des puissances nordiques, ce n’était pas l’Europe supranationale des Habsbourg que le roi tentait de promouvoir, mais l’Europe des Etats catholiques, sous la houlette de la France. » Cf. Ph. ERLANGER, Louis XIV, Fayard, 1965, 5e partie, § 23 : La chance perdue pour le XXe siècle, 660-663 : « Les instructions de ce diplomate rédigées par Torcy selon les directives du Roi, qui les signa le 3 janvier 1715, font rêver. Que de catastrophes l’humanité se serait peut-être épargnées si ce « grand dessein » avait été poursuivi ! […] La rivalité Bourbon-Habsbourg était, en effet, un anachronisme. Les malheurs des temps modernes vinrent de ce qu’elle se survécut artificiellement pendant un demi-siècle et, même ensuite, se perpétua sous la forme d’un préjugé tenace (note 1 : Jusqu’en 1917, quand l’Autriche offrit une paix séparée). […] Le Comte de Luc […] ne put arriver à Vienne qu’en juillet. Six semaines après, Louis XIV était mort et l’occasion perdue. Lorsqu’en 1756, Louis XV reprit enfin le plan de son aïeul, il était trop tard pour arrêter le processus qui menait inexorablement aux guerres mondiales. »

58. @ La France, nation choisie pour combattre l’irréligion ?
Sur cette relecture de l’histoire, cf. les jésuites Boylesve, Alet, etc. Cf. D. MENOZZI, … J. BENOIST, …

61. @ Le projet avorté de basilique internationale à Paray-le-Monial.
La correspondance de l’abbé Jean Barallon adressée en mai 1946 à l’abbé Georges de Noaillat – qui tint avec son épouse, décédée en février 1925, la direction du Hiéron de Paray-le-Monial, et qui fut à l’origine de la création de la Ligue du Christ-Roi – incluait des notes très détaillées permettant de retracer l’historique de ce projet. Ces notes avaient été également remises au cardinal Pierre Gerlier (1880-1965), archevêque de Lyon et Primat des Gaules, au début de ce même mois.

Origine du projet
Le projet fut formulé pour la première fois à Budapest en 1929 au Congrès International organisé par l’œuvre I.K.A., Congrès réuni sur l’invitation du cardinal Serédi (1884-1945) Primat de Hongrie, en présence de Mgr Orsenigo (1873-1946), nonce apostolique à Budapest, et sous le patronage et la présidence de Mgr Hanauer (1919-1942) évêque de Vac en Hongrie, de Mgr Waitz (1864-1941) évêque d’Innsbruck en Autriche, de Mgr Preiffer président de l’œuvre, etc.
Au cours du Congrès, M. l’abbé Jean Barrallon, délégué par l’évêque d’Autun Mgr Chassagnon pour représenter la Ligue du Christ-Roi établie à Paray-le-Monial, présenta et fit adopter par le Congrès, parmi d’autres moyens de rapprocher et d’unir les nations catholiques, le vœu suivant :
« Que soit entreprise en France, et de préférence à Paray, la construction d’une basilique internationale dédiée au Christ-Roi, dans laquelle chaque nation indépendante aurait sa chapelle et son autel propres, construits par elle et dédiés à ses saints nationaux, toutes ces chapelles entourant un autel central dédié au Christ-Roi et exprimant ainsi la volonté des catholiques de toutes les nations de s’unir dans la reconnaissance de la Souveraineté bienfaisante du Sauveur et de refaire sur le fondement de son Evangile leurs institutions et leurs lois. »
La proposition de M. l’abbé Barrallon que Mgr l’évêque d’Autun, sans s’en faire le promoteur avait pleinement approuvée, fut chaleureusement applaudie par le Congrès tout entier, et particulièrement par Mgr Orsenigo et Mgr Waitz (qui écrivit à Mgr Chassagnon pour lui faire part de son approbation). Elle n’eut cependant pas de suite alors pour diverses raisons, notamment – écrivait l’abbé Jean Barallon « par le peu d’écho qu’elle trouva dans certains milieux hongrois dont le nationalisme était alors très hostile à la France ».

Les raisons de reprendre le projet
Voici ce qu’écrivait en 1946 l’abbé Jean Barallon :
Il semble que la situation internationale actuelle rende la reprise du projet éminemment souhaitable et que sa réalisation serait un bienfait pour tous les peuples.
Le monument projeté exprimerait l’appel de la France à toutes les nations pour les inviter à remettre la Foi chrétienne et la morale Évangélique à la base de leurs institutions et la réponse faite par elles à cet appel. Il serait par sa seule existence, l’affirmation visible de leur volonté, en attendant qu’elle devienne celle de leurs chefs. Il donnerait à l’O.N.U. son complément – et son correctif-religieux. En outre, par cette initiative, la France reprendrait son rôle de chef des peuples chrétiens et rentrerait dans la voie où elle peut retrouver son prestige et sa grandeur.

Les caractéristiques du monument
Le caractère essentiel – et nouveau – de la basilique projetée sera d’être non pas une église française ouverte aux étrangers, mais une basilique internationale, où chaque nation indépendante aura sa chapelle et où ses pèlerins ne seront pas des hôtes cordialement reçus, mais des patriotes qui, chez eux, entourés des souvenirs de leur histoire, affirmeront à la fois la fidélité à leur passé, leur volonté d’indépendance nationale, et leur volonté de paix dans la fidélité à l’Évangile.
L’architecture devra être adaptée à cette fin et comprendre une soixantaine de chapelles, ce qui suppose un édifice de grandes dimensions mais nullement démesuré. Dans ses grandes lignes, le plan qui paraît devoir réaliser de la manière la plus favorable ces conditions, est celui primitivement conçu pour St Pierre de Rome et que ne reproduit dans sa pureté aucun monument réalisé : la croix grecque, surmontée d’un dôme de grandes dimensions comme le permettrait l’emploi des moyens de construction modernes.

L’emplacement
Il est certainement souhaitable que ce sanctuaire s’élève dans un lieu déjà consacré par la prière et par des souvenirs religieux ; en un lieu de pèlerinage déjà fréquenté par les pèlerins étrangers et cependant de caractère aussi peu « national » que possible et qui n’éveille pas le soupçon d’une arrière-pensée de glorification de la France elle-même. La question est à trancher, mais il semble que Paray-le-Monial, grand sanctuaire français et qui cependant n’a pas d’édifice spécialement consacré au souvenir des grâces spirituelles que la France y a reçu de Dieu, et où en outre, la dévotion au Christ-Roi a pris naissance, ait des titres exceptionnels à faire valoir. Un collège de chapelains est évidemment à prévoir, français et étrangers. Leurs fonctions seraient à la fois de prière et d’études, celles-ci dans tous les domaines de l’ordre politique et social. Le rapprochement entre prêtres français et étrangers ne pourrait qu’être bienfaisante à tous.

Conclusion
Il semble que la reprise du projet formulé à Budapest en 1929, si les chefs de l’Eglise de France daignaient l’approuver et l’encourager, non seulement ne rencontrerait pas de difficultés graves mais trouverait un accueil très favorable chez les catholiques français et chez les étrangers. En donnant son cœur au mouvement préparé par Pie XII dans l’encyclique « Quas Primas », elle pourrait marquer le point de départ d’un grand mouvement religieux dans le monde entier ; dans la vie politique et dans la vie sociale : affirmer la volonté de millions d’hommes de revenir « à un vrai christianisme dans l’Etat et entre les états » (Pie XII) et contribuer par là à assurer la paix internationale actuellement si menacée et si fragile.

Un second long document détaille les « oppositions à prévoir », mentionnant la question financière (dépense énorme, au regard des innombrables églises détruites durant la guerre et en phase de reconstruction), le point de vue économique et social (immobilisation de la main d’œuvre dans cet immédiat après-guerre), et la possibilité de concilier le projet avec celui d’une basilique à la Très Sainte Vierge…

Au mois de juin, l’abbé Barrallon concluait dans un nouveau courrier envoyé à l’abbé de Noaillat que ce projet était désormais entre les mains du cardinal Gerlier « et celles des cardinaux et archevêques qui décideront dans un sens ou dans un autre ».

Il n’y sera jamais donné suite.

Rappelons que le 30 novembre 1935, l'archevêque de Paris le cardinal Jean Verdier (1864-1940) avait bénit la première pierre d’un sanctuaire du Christ-Roi, demandé par Jésus à Sœur Olive (1906-1968), rue Tournefort à Paris, où la première messe avait été célébrée le 27 octobre 1940, son successeur cardinal Emmanuel Suhard (1874-1949) ne cessant de prodiguer dès l'année suivante ses encouragements pour l’achèvement du sanctuaire. Celui-ci fut solennellement consacré le 16 juin 1956 sous la présidence du cardinal Maurice Feltin (1883-1975), sous le triple vocable « Christ-Roi, Prince de la paix, Maître des nations ». L'église a finalement été démolie en février 1977, pour être remplacée par un complexe résidentiel, les immeubles du Panthéon...

62. @ Le dossier historique.
Le minutieux dossier rassemblé par D. Menozzi (cf. ci-dessus : 44. @ Non exempte de compromissions politiques) témoigne de ces incessants arbitrages exercés par les papes. A notre sens, les conclusions de l’auteur s’appliquent davantage à la mentalité la plus commune chez les catholiques de l’époque qu’aux positions mesurées qu’après discussions adoptent finalement les papes à partir de Léon XIII. Sa sensibilité d’historien le rend plus sensible à la tonalité des expressions, forcément tributaires d’un contexte culturel, qu’à ce qu’elles véhiculent de justesse théologique. Il faut d’ailleurs lui rendre cette justice qu’il conclut heureusement (Menozzi, p. 202-204) sur le changement de ton de Jean-Paul II, à la fois ouvert à son époque et fidèle à ce que contient d’imprescriptible la position de l’Eglise.

65. @ Le Cœur de Jésus au centre de la création.
Le lien du Cœur de Jésus avec son règne social a été abondamment développé par la réflexion catholique du XIXe et du 20e siècles. La place centrale de ce Cœur dans le plan créateur de Dieu l’a moins été. Plus haut (8), on a cependant signalé deux noms : ceux de Félix Anizan* ou de Balthasar*, dans son Cœur du monde. Il faudrait leur ajouter ceux de Déodat de Basly* et de Jules Chevalier*. Avec l’école franciscaine, le premier voit le Christ comme l’exemplaire divin en fonction duquel, avant même le péché de l’homme, Dieu a pensé toute la création. Prolongeant la pensée du bienheureux Duns Scot*, le théologien français concluait : au centre de la création, le Christ, de toute éternité prédestiné à s’incarner ; au centre du Christ, son cœur, soleil divin enveloppant de ses rayons le ciel et la terre (9). Quant au fondateur des Missionnaires d’Issoudun, il avait l’intuition de la nature symbolique du cœur, faisant – dans tout homme d’abord, puis dans le Christ, homme parfait – le trait d’union entre le monde angélique et l’univers matériel (10). Au XVIIe, saint Jean Eudes* avait exprimé dans un contexte marial une idée voisine : « Le véritable Cœur de Marie, qui est Jésus, est le centre de tous les cœurs des hommes et des Anges (11). » Il avait même le premier – on le verra en son lieu (12) – développé une symbolique cosmique du Cœur de Jésus. « Cœur de feu, s’écriait-il, […] diffuse-toi dans tout l’univers (13) ».

71. @ JEAN XXIII et la « Nouvelle Pentecôte ».
JEAN XXIII, Constitution apostolique « Humanæ salutis », 25. 12.61, DC 1962, 104. Cette bulle d’indiction fut signée le matin de Noël et lue devant les quatre basiliques romaines. En affirmant que la prière pour une nouvelle Pentecôte montait quotidiennement d’un peu partout, Jean XXIII sous-entendait qu’elle exprimait un désir habitant, depuis quelque temps déjà, le cœur de l’Eglise. Pourtant que pouvait-il bien savoir à l’époque de la prophétie d’une Marthe Robin, qui, dans les années 30, entrevoyait l’éclosion d’une « Pentecôte d’amour » ? Ou de celle de la mystique mexicaine Concepcion de Armida, dont le journal spirituel mettait, dès 1916, l’annonce de cette « nouvelle Pentecôte » dans la bouche même du Seigneur (14) ? Par contre, le pape venait de béatifier Elena Guerra. Or c’était cette religieuse italienne qui avait poussé Léon XIII à inaugurer le XXe siècle en chantant lui-même le Veni Creator Spiritus au nom de toute l’Eglise, le 1er janvier 1901 (15). Mais surtout, Jean XXIII savait, pour l’avoir constaté de ses yeux, qu’une nouvelle manifestation de la Pentecôte était possible. Un témoin oculaire a rapporté que le futur pape Roncalli aimait à se rendre de temps en temps dans un village perdu de Tchécoslovaquie où d’humbles paysans, suite à un « réveil charismatique » dont ils avaient été gratifiés au XIe siècle, expérimentaient sans discontinuer, depuis des générations, les fruits de l’effusion de l’Esprit (16).

75. @ Le troisième secret de Fatima.
Les trois petits bergers avaient vu « le pape tué par un groupe de soldats qui tirèrent plusieurs coups avec une arme à feu et des flèches ». DC 97 (2000) 675. Lors de la divulgation du secret, le Cardinal Sodano précisera : « La clé de lecture du texte ne peut que revêtir un caractère symbolique. Le pape « marchant péniblement vers la croix parmi les cadavres de personnes martyrisées (évêques, prêtres, religieux, religieuses et nombreux laïcs) tombe à terre comme mort, sous les coups d’une arme à feu ». DC 97 (2000) 675. Dans un long commentaire théologique, le Cardinal Ratzinger rejetait les « interprétations fatalistes » de ce secret. Si les personnes humaines y apparaissent « comme dans un miroir », c’est qu’il s’agit de symboles : « Les temps sont présentés de manière condensée : dans la vision, nous pouvons reconnaître le siècle écoulé comme le siècle des martyrs […]. Dans le chemin de croix de ce siècle, le Pape a un rôle spécial. Dans sa pénible montée sur la montagne, nous pouvons sans aucun doute trouver différents Papes qui, depuis Pie X, ont partagé les souffrances de ce siècle […] Dans la vision, le Pape aussi est tué sur la voie des martyrs. Lorsque, après l’attentat du 13 mai 1981, le pape se fit apporter le texte de la troisième partie du ‘secret’ 1, ne devait-il pas y reconnaître son propre destin ? Il a été très proche des portes de la mort […] Qu’ici une ‘main maternelle’ [Jean-Paul II] ait dévié la balle mortelle montre seulement encore une fois qu’il n’existe pas de destin immuable, que la foi et la prière sont des puissances qui peuvent influer sur l’histoire. » DC 97 (2000) 682.

78. @ Fatima et le nazisme.
Le 2 décembre 1940, Lucie écrivait à Pie XII que la protection dont jouirait le Portugal pendant les hostilités était la preuve des grâces que le Seigneur accorderait à d’autres nations si, comme lui, elles se consacraient au Cœur immaculé de Marie. En signe de gratitude pour la fin du conflit, le pape fit solennellement couronner la statue de la Cova da Iria le 13 mai 1946.

80. @ Extraits plus abondants des lettres de sœur Lucie.
Voici le texte intégral de la lettre de sœur Lucie adressée le 29 mai 1930 à son confesseur le P. Gonçalvès, dont un extrait est cité dans le corpus du livre :

« J. M. J.
Tuy, le 29 Mai, 1930
Révérend Père,
Ce qui me semble s'être passé entre Dieu et mon âme, au sujet de la dévotion réparatrice du Cœur Immaculé de Marie et de la persécution de la Russie, il me semble que le bon Dieu, au fond de mon cœur, agit sur moi pour que je demande au Saint Père l'approbation de la dévotion réparatrice que Dieu lui-même et la Très Sainte Vierge ont bien voulu demander en 1925, afin qu'au moyen de cette petite dévotion, la grâce du pardon soit donnée aux âmes qui ont le malheur d'offenser le Cœur Immaculé de Marie, la Très Sainte Vierge promettant aux âmes qu'essayeraient de lui faire réparation de la manière suivante, de faire tout pour les assister à l'heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour qu'ils se sauvent.
La dévotion consiste, durant cinq mois consécutifs, le premier samedi, à recevoir la sainte communion, à dire un chapelet et à tenir compagnie à Notre-Dame durant quinze minutes, en méditant les mystères du Rosaire, et à se confesser, avec la même intention. Cette confession peut être faite un autre jour. Si je ne me trompe, le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très Saints Cœurs de Jésus et de Marie, Sa Sainteté promettant, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice, indiquée ci-dessus.
Je déclare que je crains beaucoup de me tromper, et le motif de cette crainte est que je n’ai pas vu personnellement Notre-Seigneur, mais j’ai seulement senti sa divine présence.
Quant à la répugnance que je sens d’aller dire cela à la Révérende Mère Supérieure, je ne sais pas bien d’où elle vient. Ce peut être en partie la crainte que j’ai que la Révérende Mère désapprouve tout cela, ou dise que c’est une illusion, une suggestion du démon, et des choses de ce genre.
Je baise respectueusement la main de votre Révérence. »

A réception de cette lettre, le P. Gonçalvès fit immédiatement remettre à sœur Lucie une note lui demandant de répondre par écrit à six questions précises relatives à la dévotion du premier samedi du mois et au salut de la Russie. Le soir même, au cours de l’heure sainte que sœur Lucie faisait chaque jeudi de onze heures à minuit, Notre-Seigneur lui fit connaître les réponses. Quelques jours après, le 12 juin 1930, elle remit au père Gonçalvès la réponse suivante :

« JMJ 12-6-1930
Mon Révérend Père,
Après avoir imploré l’assistance des Très Saints Cœurs de Jésus et de Marie, je vais, autant que possible, répondre aux questions de votre Révérence.
Pour ce qui touche à la dévotion des cinq samedis :
1. Quand ? Le 10 décembre 1925.
Comment ? Par une apparition de Notre-Seigneur et de la Très Sainte Vierge qui me montra son Cœur Immaculé entouré d’épines et demandant réparation.
Où ? À Pontevedra (Passage Isabelle II). La première apparition (eut lieu) dans ma chambre, la seconde près du portail du jardin où je travaillais.
2. Les conditions requises ?
Durant cinq mois, le premier samedi, recevoir la Sainte Communion, dire le chapelet, tenir compagnie quinze minutes à Notre-Dame en méditant les mystères du Rosaire, et se confesser avec la même intention. La confession peut se faire un autre jour, pourvu qu’on soit en état de grâce en recevant la Sainte Communion.
3. Avantages ou promesses.
« Aux âmes qui chercheront à me faire réparation de cette manière (dit Notre-Dame), je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires au salut ».
4. Pourquoi cinq samedis et non neuf, ou sept en l’honneur des douleurs de Notre-Dame ?
Me trouvant dans la chapelle avec Notre-Seigneur une partie de la nuit du 29 au 30 de ce mois de mai 1930, et parlant à Notre-Seigneur des questions quatre et cinq, je me sentis soudain possédée plus intimement par la divine présence et, si je ne me trompe, voici ce qui m’a été révélé :
« Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :
1) les blasphèmes contre l’Immaculée Conception,
2) les blasphèmes contre sa virginité,
3) les blasphèmes contre sa maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes,
4) les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée,
5) les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.
Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation, et, en considération de celle-ci, d’émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l’offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et tes sacrifices, à émouvoir ma miséricorde à l’égard de ces pauvres âmes ».
5. Ceux qui ne pourront accomplir les conditions le samedi, ne peuvent-ils y satisfaire le dimanche ?
« La pratique de cette dévotion sera également acceptée le dimanche qui suit le premier samedi, quand mes prêtres, pour de justes motifs, le permettront aux âmes ».
6. En relation avec la Russie, si je ne me trompe, le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux Évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux Saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice indiquée ci-dessus. »

Citations extraites de P. Dr António Maria Martins S.J., Memórias e cartas da Irmã Lúcia (édition trilingue), Porto, 1973, pp. 405-409 (et au format pdf).

83. @ Le processus consécratoire en Pologne.
Son origine polonaise prédisposait Jean-Paul II à mettre sa confiance dans ces actes répétés de consécration. A l’exemple du roi Louis XIII* vouant sa couronne à Marie (Abbeville, 1638), le roi Casimir*, deux décennies plus tard (Lwow, 1656), avait fait don de son royaume à la Reine du ciel pour la remercier de la victoire qu’il venait de remporter à Czestochowa sur les suédois. Mais, à la différence de la France, la Pologne du XXe siècle a inlassablement renouvelé sa consécration : le 27 juillet 1920 après la proclamation de son indépendance ; le 8 septembre 1946 après la défaite nazie ; le 26 août 1956 pour le tricentenaire du serment de Casimir ; le 3 mai 1966 à l’occasion du millénaire de la Pologne ; le 5 septembre 1971 enfin, sous la forme d’une consécration plus particulière des peuples slaves par les évêques polonais. A son premier voyage en Pologne, l’un des premiers gestes du nouveau pape fut de « confirmer tous [ces] actes de consécration » par un double renouvellement, les 4 et 6 juin 1979. Ces répétitions, à première vue obsessives, marquent en réalité une conviction bien ancrée dans la conscience du pape : la consécration est moins un acte ponctuel qu’un processus dans lequel peuples et individus sont appelés à s’immerger progressivement. Les faits du « printemps polonais » et les libérations intervenues en 1989 dans les pays de l’Est authentifient ce processus consécratoire et justifient son extension à l’Eglise entière.

91. @ L’origine du concept de « nouvelle évangélisation ».
En fait, l’expression date du tout début du pontificat de Jean-Paul II, car on la trouve déjà dans sa bouche lors de son premier voyage dans sa patrie : « Une nouvelle évangélisation est commencée, proclamait-il le 9 juin 1979 devant les travailleurs de Nowa Huta, une évangélisation qui ressemble à une deuxième annonce, bien qu’en réalité ce soit toujours la même (17). » Dans son principe, on peut d’ailleurs faire remonter l’idée à 1974, où le futur pape en avait lui-même jeté les bases. Après le synode des évêques, c’est le cardinal Wojtyla, en effet, que Paul VI avait chargé de tracer le plan de ce qui allait devenir la grande charte de l’évangélisation dans le monde moderne. Or on lit au début de cette Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (8.12.75) : les évêques attendent du pape « un élan nouveau, capable de créer, dans une Eglise encore plus enracinée dans la force et la puissance immortelles de la Pentecôte, des temps nouveaux d’évangélisation (18). ».

110. @ La révolution non-violente du peuple philippin.
On pense ici à la révolution non-violente où, en février 1986, « en l’espace de soixante-dix-sept heures », le peuple philippin s’est libéré sans effusion de sang d’une dictature de quatorze ans : « Des millions de gens de tous milieux […] ont uni leurs mains et leurs cœurs dans une démonstration extraordinaire de force non violente […] Et derrière eux, au milieu d’eux, parfois littéralement devant eux se tenait l’Eglise. » Mgr FRANCISCO F. CLAVER, s.j. : « L’Eglise et la révolution : la solution philippine”, Etudes, 1986, 751.




NOTES :

(1) G. GUITTON, Le Père de La Chaize confesseur de Louis XIV, Paris, Beauchesne 1959, T. 1, 158.

(2) La Chaize avait été recteur de la Colombière au collège de la Trinité à Lyon, puis c’est lui qui étant son Supérieur provincial l’avait nommé à Paray (selon l’un des Pères de leur résidence, c’était en faveur d’une personne qui avait besoin de lui. On peut penser que La Chaize n’avait pas été étranger à sa nomination à Londres.

(3) G. Guitton n’a pas vu le lien au vœu, alors qu’il admet que La Chaize* ne peut pas, un jour ou l’autre avant 1689, ne pas avoir parlé au roi « de l’union entre les princes chrétiens… Le pressa-t-il de s’allier avec l’Autriche contre les turcs ? Nul ne saurait le dire ». G. GUITTON, Le Père de La Chaize confesseur de Louis XIV, Paris, Beauchesne 1959, T. 1, 161.

(4) La situation sera favorable en 1691 quand à la mort de Louvois, Louis XIV reprendra en mains la politique étrangère du Royaume (J.-C. PETITFILS, Louis XIV, Paris, Perrin, 1995, qui a pu intégrer les apports récents des historiens anglo-saxons) Thèse : c’est seulement à cette date que Louis n’est plus l’arbitre entre les ministres, mais concentre entre ses mains tous les pouvoirs). Un nouveau pontife, Innocent XII, s’installe à Rome en juillet de cette année-là (J.-C. PETITFILS, op. cit., 508 : « Avec le pontificat d’Innocent XII, l’entente fut parfaite : […] le pape oeuvra en faveur d’un rapprochement entre les belligérants.»).

(5) Qui sont les « ennemis » ? Comme souvent dans la prophétie biblique, les plans sont mêlés. Il semble qu’il faudrait distinguer la première catégorie d’ennemis – en l’occurrence au côté des belligérants protestants de la Ligue d’Augsbourg la maison d’Autriche et celle d’Espagne, ces « têtes » couronnées – et les « ennemis de la sainte Eglise », qui ne peuvent désigner des nations catholiques. De même il y a une ambiguïté sur le mot « armes », qui évoque d’abord le blason royal, et par conséquent la victoire promise pourrait n’être pas purement militaire : c’est unis dans la paix que les princes chrétiens se seraient portés à la rencontre du Turc. – Il reste qu’il est question de « tous les ennemis de la Sainte Eglise ». Faudrait-il y englober aussi les coalisés protestants de la Ligue ?

(6) Le message ménageait pourtant les susceptibilités royales ! Ce sont les autres princes chrétiens qui étaient qualifiés d’ « orgueilleux ». Le Très Chrétien était seulement invité à laisser le cœur de Jésus triompher du sien. et à proclamer dans sa consécration qu’il voulait, en son nom et celui des grands de la terre, réparer l’humiliation subie par Jésus devant Hérode et Pilate. Tout ceci s’inscrivait bien dans la continuité de la consécration de son père Louis XIII, cf. l’ouvrage de R. LAURENTIN, Le vœu de Louis XIII. Passé ou avenir de la France, Paris, Œil, 1988. Sur l’impression de douceur presque modeste que le roi laisse après la mort de Louvois à ses ministres et généraux, cf. J.-C. PETITFILS, Louis XIV, Paris, Perrin, 1995, 516 (on a l’impression qu’il faut distinguer le bonhomme et l’homme d’Etat se référant à sa gloire).

(7) A ma connaissance, la « critique interne » des termes du message telle je viens de la tenter à la double lumière du langage codé du Seigneur et des événements de la grande politique de l’époque n’a encore été entreprise par personne, - y compris par B. PEYROUS, « Les messages de Marguerite-Marie à Louis XIV », Colloque 1990, 269-290. Elle appelle donc corrections et compléments.

(8) Cf. Ch. 3, sect. 3.

(9) G. DE BECKER, Lexique pour la théologie du Cœur du Christ, Paris, 1978 ; art. BASLY, 44. Voir Déodat de Basly, Le Sacré Cœur, Paris-Lille, DDB., 1900, 60-64 (rééd.).

(10) J. CHEVALIER, Le Sacré Cœur de Jésus, Paris, 1883, 306-313.

(11) CA 2, 4 ; OC 6, 168.

(12) Cf. Ch. 10, sect. 2.

(13) Hymne de Matines de la Solennité du Cœur de Jésus : OC 11, 469. Traduction de P. MILCENT, Saint Jean Eudes, Paris, Cerf, 1985, 453.

(14) M.- M. PHILIPON, Conchita. Journal spirituel d’une mère de famille, Paris, DDB, 4e éd., 220.

(15) P. MANSFIELD, Comme une nouvelle Pentecôte, Ed. de l’Emmanuel, 1992, 29-31. Or c’est ce premier jour du XXe siècle, vers 23 h, qu’au Kansas Agnès Ozman se mit à parler en langues après l’imposition des mains du pasteur Charles Fox Parham, - événement considéré comme la naissance du pentecôtisme américain.

(16) P. MANSFIELD, op. cit. 27-29.

(17) DC 1979, 638

(18) EN 2



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